La Bretagne éternelle, Saint Malo, la cité des corsaires. Et à quelques minutes de là, Rothéneuf. Il y a une église, des plages de sable fin, de superbes points de vue sur la côte d’Emeraude. Un petit village breton dans toute sa splendeur. Rothéneuf est devenu un magnifique quartier de Saint Malo.

Baie à RothéneufVous y trouverez des promenades superbes à faire, en vous délectant de l’air iodé à pleins poumons, le manoir de  Limoëlou à visiter, devenu musée, qui retrace la vie d’un grand et célèbre navigateur Jacques Cartier qui a découvert le Canada en 1534. De belles plages dont une où on peut se baigner même à marée basse, et surplombant les eaux, « Notre Dame des Flôts » jolie petite chapelle, emplie d’ex votos.

Et une curiosité artistique,  qu’on appelle ici « les rochers sculptés ».

Adolphe Julien Fouéré, appelé Abbé Fouré est né en 1839 à Saint Thual, après le grand séminaire de Rennes, il est ordonné prêtre en 1863 et devient vicaire à Paimpont. Petite anecdote : « Alors que le droit de grève n’est reconnu que depuis deux ans, il soutient en 1866 un mouvement déclenché par l’imminence de l’arrêt des hauts-fourneaux, allant jusqu’à rencontrer, en vain, le propriétaire du site industriel exilé en Angleterre. »

Il exercera dans différentes communes, en dernier lieu à Langoüet, il y arrive avec déjà une pénibilité à entendre. En 1894, malgré une pétition de ses paroissiens voulant le conserver, l’abbé n’entend plus et est obligé de se retirer. Il part alors à Rothéneuf. Devenu sourd, l’abbé va donner vie au granit, à la pierre. Sur 500 m² il va faire surgir un fabuleux musée de pierre, peuplé de créatures fantasmagoriques, de têtes souriantes ou grimaçantes, de dragons, de créatures marines fabuleuses. Certains y ont vu l’histoire d’une famille de pirates sanguinaires du 16e siècle, les Rothéneuf.

Rocher sculpté de RothéneufUn écrivain de la côte d’émeraude Eugène Herpin écrit : « Le soir tombant, il remarqua que les rochers, à mesure qu’ils s’estompaient, prenaient des formes étranges. Celui-ci devenait un monstre fabuleux ; cet autre, un reptile fantastique. Dans ses courses, au fond des bois et des chemins creux, il avait fait déjà la même observation, se plaisant à deviner tout un monde mystérieux, dans les silhouettes des arbres et les replis de leurs séculaires racines, se tordant, comme des couleuvres sur le revers des fossés. Profiter des contours du rocher et des sinuosités d’une branche, ou donner le coup de pouce pour faire naître, du granit ou du chêne, l’œuvre ébauchée par la nature : tel fut le système de l’ermite de Rothéneuf. »

Victime d’une attaque cérébrale, l’abbé devient muet et vit en fauteuil roulant. Il aura sculpté pendant 14 ans, avec la seule aide d’un burin et d’un marteau, mais aussi d’un immense esprit artistique et créatif. Quand il meurt pieusement en 1910, il nous laisse ces quelques vers qui résument à eux seuls son oeuvre:

« Ici, l’art, à son tour, embellit la nature,

À ces différents blocs, le ciseau d’un sculpteur

Habile a su donner des traits, une figure,

Voici des cavaliers ; plus loin, un enchanteur.

Dragons ailés, serpents, fantastiques chimères,

Des monstres effrayants, des êtres fabuleux

Invoquant, du passé, légendes et mystères,

Des héros et des saints apparaissent à nos yeux. »